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6 NATIONS - Catastrophique en Coupe d'Europe, le rugby irlandais est-il en pleine crise ?

Catastrophique en Coupe d'Europe, le rugby irlandais est-il en pleine crise ?
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Dernière mise à jour Le 07/02/2016 à 11:45 - Publié le 02/02/2016 à 17:23
Par Bruno Poussard - Le 07/02/2016 à 11:45

TOURNOI 6 NATIONS - Pour la première fois en 18 ans, la campagne européenne n'a vu aucune province de l'Île Verte se qualifier en quarts de finale de grande Champions Cup. Faut-il s'en inquiéter ? Alors que le XV du Trèfle doit maintenant redonner le sourire au paysage rugbystique ovale irlandais en visant un triplé inédit dans le Tournoi des Six Nations, éléments d'explication et de réponse.

Le rugby irlandais serait-il malade ? La finale de H Cup disputée entre l'Ulster et le Leinster en 2012 paraît en tout cas bien loin... Cette saison, la dernière journée de la phase de poules de Coupe d'Europe, conclue le 25 janvier dernier, n'a vu même aucune province de l'Île Verte valider son billet pour les quarts de finale. Une première depuis 1997, soit près de 20 ans ! Trois fois étoilé, le Leinster est dehors en terminant même à la dernière place du groupe 5 avec 6 petits points. Le Munster, demi-finaliste en 2014, est aussi out à la troisième place de son groupe. Et quand on sait que ces provinces focalisent toute leur attention sur la compétition européenne (aux côtés d'une Ligue Celtique au plus faible enjeu), l'inquiétude est légitime.

Mais le débat, lui, n'est pas le même que dans l'Hexagone. Là où, en France, clubs et sélection bataillent pour leurs intérêts, en Irlande, la priorité ultime a toujours été l'équipe nationale. Le système est construit en ce sens. Mais les provinces pourraient-elles en payer le prix aujourd'hui ? A partir des écoles et des clubs, la pyramide continue pourtant dans chacune d'elles de révéler de nouveaux talents chaque saison. La formation irlandaise se porte bien, merci pour elle. Par contre, ce n'est peut-être pas le cas des internationaux du XV du Trèfle ces derniers mois. L'entraîneur irlandais de Grenoble, Bernard Jackman soumet une piste. "Les joueurs irlandais étaient très focalisés sur la Coupe du monde, où ils avaient de grandes ambitions. Avec la défaite contre l'Argentine, j'ai l'impression que les jeunes stars ont eu du mal à gérer la récupération post-Mondial, puis à retrouver leur forme et leur style de jeu dans leurs provinces".

Pour le Leinster et les provinces irlandaises, la Champions Cup a été un désastre
Pour le Leinster et les provinces irlandaises, la Champions Cup a été un désastre - Icon Sport

Quel enjeu pour les internationaux irlandais dans leurs provinces ?

Or, les formations basées à Dublin et Limerick sont particulièrement dépendantes des internationaux de leur pays. Au Leinster, "seize joueurs étaient avec la sélection pendant la Coupe du Monde, ça a forcément été préjudiciable", avalise Michael Corcoran, journaliste pour la radio irlandaise RTE. Aux côtés d'un staff peu expérimenté (au Leinster), d'un manque de leaders dans l'effectif (au Munster), ou encore de trop nombreuses absences (en Ulster), cette méforme consécutive à la déception du quart de finale de Coupe du Monde a donc coûté cher en Coupe d'Europe - à l'exception d'un Connacht qui ira à Grenoble au premier tour des phases finales de Challenge Cup. "Et puis le niveau des poules de nos provinces était particulièrement élévé cette année", ajoute le commentateur radio. L'inquiétude s'en retrouve ainsi modérée. Néanmoins, les discussions à ce propos grandissent sur l'île Verte.

Si Zebo et Murray resteront bien au Munster malgré des rumeurs de départ, d'autres prendront la poudre d'escampette, comme Madigan (Leinster) à Bordeaux-Bègles, Moore (Leinster) aux Wasps ou Lewis (Ulster) vers Exeter. "Avant Johnny Sexton, aucun international irlandais n'avait quitté le pays depuis huit ans", remarque Bernard Jackman, passé par le Connacht et le Leinster. "Auparavant, les Irlandais restaient au pays pour moins d'argent, et ils pouvaient gagner la Champions Cup. Si ce n'est pas le cas aujourd'hui, en plus de salaires moindres, les Anglais vont d'autant plus tenter de les faire venir". Le pouvoir économique français et anglais est d'autant plus regardé. "Jono Gibbs me parlait de 28,5 millions de budget pour Clermont, alors qu'au Leinster, c'est 12,5", détaille Michael Corcoran. "L'argent ne permet pas toujours de marquer des essais, mais en ce moment, nos provinces ont du mal à rivaliser".

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La stricte limite de joueurs étrangers dans les provinces en cause ?

D'autant qu'en parallèle, la limitation de 4 joueurs étrangers (+1 éligible sous 3 ans en sélection) au sein des provinces (en place depuis 2011) est respectée de manière nettement plus stricte pour la deuxième saison. Vainqueur de la H Cup en 2009 (16-19 contre Leicester) avec Felipe Contepomi, Chris Whitaker, Stan Wright, Rocky Elsom, ou encore Isa Nacewa, Bernard Jackman décrypte. "Jusque-là, la règle était flexible, le comité décisionnaire était représenté par des personnes de chaque province. Et si le Leinster demandait le remplacement d'un blessé par un étranger en cours de saison, le comité acceptait. Alors qu'aujourd'hui, le choix revient à une manager de haute-performance indépendant. Les provinces ont donc plus de mal dans les décisions à prendre sur le court-terme afin d'améliorer leurs performances". Et quand les internationaux irlandais ne sont pas en forme, rien ne va... "Peut-être aurons-nous besoin de plus d'étrangers pour rendre nos provinces plus compétitives... C'est un juste milieu à trouver", résume le journaliste Michael Corcoran.

Comment rendre une sélection nationale et ses clubs (ou provinces) plus forts ? La question est, au fond, la même qu'en France. Bernard Jackman avance: "C'est un gros débat pour les provinces : les joueurs jouent-ils pour elles ou pour l'équipe nationale ? En Irlande, le pays est premier dans la liste des priorités. En France, c'est peut-être un peu l'inverse. Le résultat de nos provinces est-il lié à ça, ou parce qu'il n'y a pas assez d'étranger pour être assez compétitifs ? Si c'est le cas, les saisons prochaines seront dures".

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Au centre de cette compatibilité provinces/sélection, le risque de cycle infernal, si un exode de joueurs venait à naître, serait-il supporté par les fans, potentiellement moins nombreux au stade et donc dans les finances ? En visant un triplé inédit dans un Six Nations attendu des plus compétitifs, le XV du Trèfle a le poids de cette interrogation sur les épaules. "Après le coup de fatigue mentale consécutif au Mondial, le challenge de Joe Schmidt est de redonner confiance à ses joueurs avant le Six Nations", termine Jackman. "Il faut faire un bon Tournoi pour aider les joueurs et soulager les supporters, parce que cette période est forcément dure pour eux".

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