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Jean-Luc Sadourny: "J'aurais presque envie de mettre le maillot et d'aller aider les Bleus"

Sadourny: "J'aurais presque envie de mettre le maillot et d'aller aider les Bleus"

Mis à jourLe 11/03/2015 à 09:57

Publiéle 10/03/2015 à 17:36

Mis à jourLe 11/03/2015 à 09:57

Publiéle 10/03/2015 à 17:36

Dans cet article

Suite de notre entretien avec l'ancien arrière du XV de France, Jean-Luc Sadourny (48 ans, 71 sélections), auteur de "l'essai du bout du monde" en 1994 à l'Eden Park face aux All Blacks. Sur les Bleus, il confie: "je suis avec eux jusqu'au bout" mais "tu peux finir quatrième ou cinquième du Tournoi et être champion du monde sept mois après".

Nous avons connu des grandes générations d'arrières sous le maillot bleu, restés très performants sur la longévité comme le fut Serge Blanco ou vous-même. On a du mal depuis quelques années à voir s'installer durablement un profil de joueur similaire. Qu'en pensez-vous ?

Jean-Luc SADOURNY: Mais on en a des arrières comme le petit Brice Dulin ou Scott Speeding même si il n'est pas français d'origine mais possède maintenant la nationalité. Mais la question concernant l'ensemble des 15 français, c'est de savoir s'ils jouent et sont titulaires à part entière dans leurs clubs ? Nous avions déjà des étrangers en équipe de France à mon époque comme Pieter De Villiers, Tony Marsh mais c'était les meilleurs à leurs postes. Est ce que les étrangers d'origine que nous sélectionnons actuellement sont les meilleurs à leurs postes? C'est la question que je me pose. Mais avons-nous également les joueurs français aux mêmes postes pour rivaliser au niveau international ? Si on élargit le débat, on peut également se poser la question sur la priorité du rugby français ? Certains clubs sont aussi voire même peut-être plus riche que la Fédération. Alors doit-on prioriser le championnat ou l'équipe nationale ?

Je ne pense pas que ce soit la priorité des clubs car ce sont les employeurs qui paient leurs joueurs et ne pas les avoir tant de jours par an sans (grande) compensation financière ou autre, cela peut les déranger. Je peux les comprendre, notamment quand j'entends certaines déclarations de Mourad Boudjellal. Après, pour un joueur, le rêve ultime doit être de porter le maillot de l'équipe de France. Si tu veux faire une belle carrière, être mondialement connu, reconnu et avancer, c'est les Bleus. Après, l'aspect financier doit une nouvelle fois jouer. La Ligue, la Fédération et l'ensemble des institutions doivent trouver les bonnes solutions comme ont su le faire les Gallois, les Irlandais... L'équipe de France reste et doit rester la vitrine du rugby français.

" C'est mon rêve de voir l'équipe de France soulever cette belle Coupe du monde mais pour l'instant, je ne la vois pas dans le dernier carré"

Vous connaissez bien Philipe Saint-André et on peut tout de même constater que cette vitrine semble être fissurée...

J-L.S: On peut tirer à boulets rouges sur le staff mais ce ne sont pas ni Philippe ni ses adjoints qui sont sur le terrain. Je ne suis pas dans le groupe mais si son message ne passe pas avec certains joueurs, et bien c'est aussi à eux de le dire que le projet de jeu ne les intéressent pas, qu'ils ne veulent pas jouer avec lui. Mais au final, ils y vont quand même et tu passes ton temps à batailler. Ce n'est pas le résultat à proprement parler qui me dérange mais davantage cette absence de colère, de révolte, de haine. Quand je vois les Italiens, j'ai une sensation différente que quand je vois les Français pourtant je suis patriote et suis avec eux jusqu'au bout. Ça me fait "chier" de les voir jouer ainsi, de les voir dans cette situation. J'aurais presque envie de mettre le maillot et d'aller les aider. Qu'est ce qui se passe dans ce groupe? Ils ne font rien pour que tu aies envie de pousser à fond derrière eux. De les voir ainsi m'attriste.

Jean-Luc Sadourny - 2001
Jean-Luc Sadourny - 2001 - Icon Sport

On peut faire une croix sur la victoire finale dans le Tournoi mais pensez-vous que notre équipe de France fera une belle Coupe du monde, elle qui a souvent répondue présente en atteignant le dernier carré ?

J-L.S: (il souffle)... Quand je vois les matchs, sincèrement, je vous le dis, je m'inquiète. On sera prêt, je l'espère. Mais depuis quatre ans... je suis très inquiet! Je ne nous vois pas avancer. Les joueurs seront préparés physiquement mais seront-ils prêts dans les têtes pour aller batailler, gagner à l'extérieur. Il faudra "bouffer" tout le monde et la poule avec l'Irlande et l'Italie, ça sera très costaud d'entrée de jeu. Après, tu peux finir quatrième ou cinquième du Tournoi et être champion du monde sept mois après. C'est mon rêve de voir l'équipe de France soulever cette belle Coupe du monde mais pour l'instant, je ne la vois pas dans le dernier carré.

" En 1995, on avait le groupe et toutes les capacités pour être champions du monde"

Quel est le joueur qui vous a le plus impressionné durant votre carrière de joueur columérin ?

J-L.S: Ce n'est pas un joueur mais plus une équipe qui m'a impressionné, un collectif... C'était notre démon, le Stade toulousain! Collectivement, ils étaient capables de renverser des situations où ils n'étaient pas à leur avantage. Ils avaient des individualités, des compétiteurs hors norme mais c'était mis au service de l'équipe. C'était une machine incroyable. C'était la meilleure équipe sur deux décennies et ce n'est pas anodin. Ils étaient toujours sur de leur force, de leur jeu. De très fortes individualités mais au service du collectif. C'est ce que fait Toulon à l'heure actuelle et un mec comme Bernard Laporte y arrive très bien et c'est le seul qui peut avoir ces résultats. Ok il a l'effectif pour mais il faut les tenir tous ces grands joueurs, il faut arriver à les faire joueur ensemble et que tous soient concernés, sinon tu les perds.

Au cours de votre longue et brillante carrière internationale, quel est le joueur ou l'équipe qui vous a fait la plus forte impression ?

J-L.S: Là encore c'est une équipe et je vais répondre...notre équipe de France en 1995! On avait le groupe et toutes les capacités pour être champions du monde. Après, il y a eu beaucoup de choses à coté qui se sont passées et plus importantes que le rugby. Mais on avait tout pour aller au bout même si on prenait les All Blacks en finale et que ces derniers avaient survolés cette compétition. On les avait battu deux fois l'année précédente chez eux et psychologiquement, on les aurait fortement fait douter.

Vous avez longtemps eu comme partenaire de club un certain Fabien Galthié avec qui vous étiez l'un des figures de proue de l'US Colomiers. Le voyez-vous comme un des favoris pour le poste de sélectionneur de l'équipe de France ?

J-L.S: Comme tout le monde, je lis les journaux où les noms d'Ibanez ou de Galthié circulent mais ce qui arrive à Fabien en ce moment lui est préjudiciable. Peut-être qu'ils diront à Philippe Saint André de rester. Mais quand on voit le boulot fait par Raphaël à Bordeaux ou Fabien à Montpellier... Même si le président Mohed Altrad "balance" alors que Fabien a amené ce club vers les hauteurs du championnat de France depuis quatre ans. Regardez aussi ce que font aussi Laurent Labit et Laurent Travers à Castres et maintenant au Racing Metro. On peut aussi rajouter Christophe Urios qui fait un travail magnifique à Oyonnax aujourd'hui cinquième du Top 14.

Quels sont vos favoris pour décrocher la Coupe d'Europe et le Brennus?

J-L.S: (Longue réfléxion) Je vois bien une finale Racing-Toulon en Champions Cup. Si les Toulonnais arrivent en finale, ils seront champions. Faire un triplé, c'est quelque chose de grandiose. Par contre, si cela arrive, je ne les vois pas faire le doublé. Pour le Brennus, pourquoi pas Oyonnax s'ils continuent ainsi (rires), ce serait énorme! Je ne sais pas trop mais si le Stade toulousain arrive à se sortir l'épine du pied et à se qualifier, attention à eux. Personne ne les voit mais c'est dans ce genre de situations qu'ils peuvent être les plus dangereux. Ce qui est bien cette année, c'est que la course est très ouverte pour le titre de champion de France.

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