Pierre Villepreux est un technicien reconnu mondialement. Ancien international français, il a également été entraîneur du XV de France pendant quatre ans et reste encore aujourd'hui un des personnages phare du rugby Français.
Style et compétitivité
A peine terminé le dernier match du Top 14 du week-end Monptellier/Stade français, nous avons été convié à nous déplacer jusqu’à Twickenham qui accueillait exceptionnellement un match du Super 15. Les Crusaders de Christchurch y recevaient les Sharks. Un événement délocalisé qui visait aussi à aider à la reconstruction de la ville de Christchurch durement frappée il y a plus d’un mois par un tremblement de terre.
Difficile de résister à l’envie, dans la foulée, de comparer le rugby produit dans les deux compétitions références. Mais très facile pour ceux, qui comme moi, aime le jeu avec un grand J. Ils n’ont pas manqué de remarquer, dès les premières images, le tonus offensif imposé par les Crusaders. Un état d’esprit par rapport au jeu qui ne s’est pas démenti tout au long du match grâce aussi il faut le dire aux Sharks, leurs adversaires, qui jouèrent en début de match dans leur style traditionnel, beaucoup plus direct, plus frontal peut-on dire, mais qui, contagion oblige, se sentirent porter à évoluer en se calquant sur le jeu enthousiaste et enthousiasmant des Crusaders mais il faut bien l’avouer avec moins de talent.
On sait que les Néo-Zélandais, en terme de jeu de mouvement, sont capables d’excellence mais certaines séquences de jeu et actions sont significatives de la confiance grandissante qu’ils sont en train d’acquérir quand le jeu bouge. Ce jeu n’est plus seulement celui de certains joueurs plus talentueux, mais bien celui de tout un collectif qui agit et réagit mieux et plus vite par rapport aux situations mouvantes rencontrées. Le jeu du porteur de balle, son autonomie décisionnelle exige qu’il puisse s’adapter aux éventuels changements qui se présentent dans l’évolution variable quelquefois très fine du rapport de force attaque-défense rencontré. Mais ce jeu individuel ne veut pas dire «individualisme». Il n’a de sens que s’il est proposé en partage aux partenaires, si, ceux-ci en «connivence», y donnent le même sens, auquel cas le jeu collectif devient efficace. La vie tactique, sa dynamique dans la séquence de jeu et actions, est assurée puisque chacun se rend utile pour assurer le jeu juste du moment et sa continuité. Les gestes techniques qui paraissent les plus sophistiqués voire osés et ambitieux trouvent alors toute leur place et ne relèvent pas seulement de la seule technique individuelle modélisée. Ces joueurs du sud semblent aujourd’hui manifestement à l’aise pour faire face aux aléas rencontrés, aux réponses attendues ou inattendues, incertaines que peuvent proposer les défenseurs. Pour que le jeu s’enchaine de manière cohérente et dynamique, il s’agit bien de préserver la vitesse utile qui seule permet d’entretenir le déséquilibre défensif. Ce qui veut dire qu’il faut être capable de prendre les bonnes informations, celles rencontrées, pourrait-on dire en cours de route, ceci oblige de savoir, derrière le lot de certitudes que le joueur a du jeu à faire, de les intégrer dans le lot des incertitudes qui peuvent naitre et surgir à tous moments.
Loin de nous de dire que nous avons vu un mauvais match à Montpellier mais il a été ni plus ni moins représentatif de ce que l’on voit et fait régulièrement dans le Top 14, ce qui comparé au spectacle développé à Twickenham ne peut manquer à six mois de la Coupe du monde d’interpeller si, comme on peut le penser, on sera amené à devoir faire face à ce style de jeu. Je ne vois pas les Sudistes surtout les Néo-Zélandais et Australiens sortir de ce style, mais je vois également mal comment, en si peu de temps, on pourrait y accéder. Chacun fera avec ses forces. «Yes we can», oui mais il faudra imposer cette divergente compétitivité.
J’espère que notre rugby de clubs, forcément avec ses habitudes et ses formes qui sont celles que les joueurs du XV de France ont logiquement souvent du mal à se sortir au plus haut niveau, suffira pour s’imposer au sud. Manifestement on ne joue pas le même jeu. Nous sommes européens toujours arc-boutés sur un modèle de jeu pragmatique, sur des priorités dans des domaines de jeu qui nous paraissent incontournables, particulièrement les «fondamentaux conquête» qui restent importants, mais, qui ne sont pas tout le rugby, fondamentaux sur lesquels on revient sans cesse quand on perd et que l’on loue beaucoup moins quand on gagne grâce à un jeu plein de vie.
Il ne s’agit pas aujourd’hui ni de craindre l’échec sous peine, irrémédiablement, de se planter, ni d’avoir trop de certitudes, on se confronterait alors à un désenchantement certain.
























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