Pierre Villepreux est un technicien reconnu mondialement. Ancien international français, il a également été entraîneur du XV de France pendant quatre ans et reste encore aujourd'hui un des personnages phare du rugby Français.
Retour sur la Coupe d'Europe
Si les quarts de finales franco français que nous ont proposé la compétition européenne, ont pu satisfaire le nombreux public, c’est surtout grâce à l’émotion engendrée par l’évolution du score. En effet, jusqu’à la dernière minute les vainqueurs auraient tout aussi bien pu être les vaincus. Dans ce contexte, on eut quand même droit à des moments de jeu qualitativement intéressants. Je pense surtout aux deux essais toulousains et au premier de Perpignan. Ces trois réalisations démontrent, s’il en était besoin, que ces deux équipes ont bien le potentiel utile pour aller bien au-delà de quelques séquences de haut niveau. On peut d’ailleurs tenir le même discours pour Biarritz et Toulon, qui ,quand ils se lâchent, peuvent et savent , compte tenu de la valeur individuelle des joueurs et du collectif nous gratifier d’un rugby bien léché.
Le rugby globalement entraperçu dans ces deux matchs ne répond pas aux critères de la modernité du moment ni des possibilités offertes par les règles ? Ce n’est pas l’engagement total jamais démenti dans tous les défis tant individuels que collectifs qui va résoudre les problèmes stratégiques – tactiques – techniques entre aperçus dans la production, qui précisons le, ne peuvent avoir une chance de se régler que s'il existe de la part des joueurs l’envie de mettre leur énergie au service d’un jeu intentionnellement plus volumineux, plus ambitieux. Pour s’y sécuriser et y devenir toujours plus performant faut-il encore oser le mettre en œuvre ou le continuer comme ce fut le cas pour Toulouse qui entra soudainement et hâtivement dans un autre défi alors que tous les voyants étaient au vert.
Alors pourquoi cette frousse qui amène nos meilleures équipes à rester dans un cadre trop stratégique ? Ce constat est particulièrement vrai pour Toulouse qui aurait pu amèrement regretté de n’avoir pas su consacrer, l’intégralité de leur potentiel tactique en le mettant au service du jeu de mouvement qui fait sa réputation. Grâce à leur créativité de début de match, leurs opposants ont encaissé un 17 – 0 dont on se remet difficilement. KO les Biarrots ? oui ! Mais en changeant bien trop rapidement de style, les Toulousains les remirent debout à un moment où, même le meilleur supporter biarrot, se devait de ne plus y croire.
En rugby, c’est comme dans la vie , on est tiraillé par deux tendances contradictoires. La première, sorte de pulsion toujours motivante se développe dans "la prise de risque" et dans l’envie que l’on a de la côtoyer pour se l’approprier en la considérant comme un atout et pas comme une contrainte. Cela implique d’accepter de vouloir explorer le jeu et les plaisirs des novations et curiosités qu’il génère et de savoir tirer profit de la dynamique que le risque entraine.
La deuxième tendance est beaucoup plus conservatrice. Elle tend à se protéger, à refuser ce même risque, avec pour conséquence un moindre engagement qui se traduit, sans s’en rendre compte, par une économie d’énergie. On reste dans le registre d’un jeu forcément moins ambitieux mais tellement plus rassurant.
Bien sur ces deux types de fonctionnement pour une équipe sont utiles et doivent être utilisés avec pertinence. Mais il faut savoir que la première tendance, si elle n’est entretenue comme une priorité, risque de s’essouffler, pour ne pas dire de disparaître, ou de n’apparaître que furtivement presque par hasard ou quelquefois en fonction du score, disons par nécessité. En manquant d’occasions pour développer cette tendance, la voie du risque s’encombrera de contraintes qui bloqueront la motivation utile et l’energie qui va avec pour s’engager dans un jeu plus créatif . Ce non choix est d’autant plus pervers que la deuxième tendance ne nécessite pas d’encouragements, il s’agit bien d’une auto préservation qui place le joueur et le collectif dans des tâches bien précises qui semblent suffire. On fait alors, mentalement donc logiquement, passer le résultat, non plus comme la conséquence de la qualité du jeu, mais bien comme une finalité. Qualité du jeu, prise de risque, créativité deviennent un luxe dont on se passe bien et plus facilement mais que l’on ne manquera de valoriser dans d’autres circonstances quand le climat sera plus clément ou propice .
Pourtant si l’on se place dans le cadre d’une vision plus lointaine et pour répondre qualitativement à la concurrence du rugby du sud, ce serait bien, pour sortir de ce rugby "économique", d’adopter la stratégie type première tendance. Elle aurait aussi le mérite, de part sa visibilité, de donner aux pratiquants, et ce depuis la base, le goût, l’envie , de se frotter avec entrain et confiance au rugby de demain. Le rugby ainsi recherché, du débutant au plus haut niveau produirait un autre modèle de joueurs provoquant du même coup, dans le temps, avec une amélioration du jeu, un enrichissement de notre culture. Faut-il pour qu’il en soit ainsi avoir envie aussi d’emprunter à ceux qui sont déjà dans cette dynamique, les ingrédients mentaux qui les poussent à se lancer dans ce rugby qui parfois nous semble si différent voire inaccessible. S’ il s’avère, lors de la prochaine coupe du monde, être celui-ci qui gagne, il deviendra référent mais on n’en rattrapera pas pour autant notre retard si facilement. Ce qui veut aussi dire qu’il ne s’agit pas de se laisser distraire, par d’autres facteurs de performances qui touchent quelques "savoir faire spécialisés", malheureusement , ils ne suffiront pas pour nous faire gagner. Ils sont d’ailleurs si trompeurs qu’ils freinent la volonté et la hardiesse pour évoluer dans d’autres domaines. Faut-il aussi avoir la volonté de provoquer l’évolution et ce, à tous les niveaux, afin de développer un mode de vivre le rugby avec la curiosité de réellement vouloir s’approprier le comment fonctionne le processus créatif.
























Aironi morne plaine..! MDRLe 20/04/2011 à 15:44
Alors si biarritz est remonté c'est grâce à toulouse?Ce n'est certainement pas la 1ere fois de la saison que les biarrots remontent un large écart de points comme celui-ci, rappelez vous du début de saison et des 2eme mi-temps énormes du BO!Le 14/04/2011 à 11:52
On a vu une équipe de Toulouse très bien en place sur une mi-temps et qui au sortir des vestiaires gère son avance et qui fatalement joue dans son camp pour défendre.
J'aimerai tant que le rugby français s'inspire un peu des nations du sud qui continuent de produire du jeu sans trop se poser de questions sur le score mais je pense que je rêve ^^.
Twickenham, 31 Octobre 1999, 15:00 GMT, 15:00 Local
France (10) 43 - 31 (17) New Zealand (FT)
quel beau rêve tout de même !!!Le 13/04/2011 à 23:15
Comment faire pour passer devant ?
Pourquoi ne trouve-t'on pas notre propre jeu qui gagne ?
Comment y arriver ?Le 13/04/2011 à 19:49
Après tout, vu le salaire des "gros calibres" du RCT, celui qui paye a bien le droit de taper sur la table!!!!!Le 13/04/2011 à 18:33