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"Jouer avec le désordre du jeu"
09/05/2013 - 10:45

"Jouer avec le désordre du jeu"



Ce n’est pas nouveau, mais cette dernière journée du championnat n’est jamais comme les autres. Hasard du calendrier, elle s’est logiquement avérée être peu compétitive pour tous les clubs, sauf ... Racing-Castres, seule confrontation où le résultat était capital en terme de classement. L’ASMCA et Toulon avaient pour objectif de peaufiner leur rugby, le Stade toulousain était davantage à la recherche de cohérence collective. Quoi qu’il en soit, pour le trio gagnant de la saison régulière, il convenait d’engranger de la confiance utile avant les échéances finales. Une contre performance n’étant pas envisageable, ils affrontaient des équipes n’ayant, avec des collectifs remaniés, aucun objectif affiché si ce n’est, celui, en se "comportant bien" et en servant de "sparring partner", de préparer la saison prochaine et de donner du temps de jeu à certains.

Les scores fleuves et la kyrielle d’essais qui va avec illustrent bien l’état d’esprit qui présidait à ces rencontres. Le "sans enjeu" n’étant pas pour autant inintéressant ni pour les uns ni pour les autres puisque dans un jeu libéré forcément débridé, l’ambition de produire plus et le mieux possible ne pouvait être perçue comme un risque. On pouvait donc se lâcher sans aucune crainte. On était donc bien loin de la peur du mauvais résultat, de la mauvaise performance individuelle, de l’obligation de suivre des consignes qui restreignent l’accès à un jeu plus ambitieux… Autant de facteurs parmi d’autres qui rendent frileux dans l’action et ramènent invariablement à des exigences de précaution qui ramollissent l’accès à la liberté d’initiative et en conséquence, à la créativité.

Accepter l'incertitude

On peut donc s’interroger: pourquoi, trop souvent en Top 14 mais également dans d'autres niveaux de pratique, on ne s’engage pas? Et la réponse est simple: par peur des enjeux, dans un jeu qualifié abusivement d’ambitieux. En réalité, il ne s’agit que d’utiliser la liberté qui y préside pour que ce jeu devienne progressivement référentiel.

Le mouvement est dans le rugby par essence source de liberté qui ne peut se satisfaire d’un rugby "d’ordonnance". Vouloir y accéder efficacement modifie l’ordre prioritaire qu’on lui accorde traditionnellement et culturellement dans son agencement mêlées/touches/rucks et enfin le JEU … qui de fait et à tort, en deviendrait la conséquence. Modifier l’ordre établi n’est pas rassurant, mais il faut accepter l’incertitude et les prises de risques qui vont avec. Jouer avec le "désordre du jeu", c’est ne pas se satisfaire d’un rugby standardisé et homogène. Donner du crédit en priorité au mouvement, c’est déstigmatiser l’ordre du jeu, c’est créer des joueurs autonomes et responsables. Mais c’est du même coup, accepter de se consacrer aux difficultés sans cesse nouvelles que l’on rencontre quand on se confronte à l’incertain.

Il est parfaitement accessible pour des joueurs et un collectif et, si on veut bien élargir la brèche, un club qui a enfin envie de partager et réaliser un désir et de faire front pour s’y imposer. Toulouse a déjà réalisé ce pari. Bien sûr, il en est un peu éloigné actuellement, mais peut rapidement retrouver le jeu qui l’a fait roi. Clermont est en train de le réussir, mais d’autres sont déjà dedans avec un potentiel inférieur, et il y a aussi ceux qui en sont capables mais qui s’arrêtent dès le premier obstacle. Il convient bien de créer cette culture du jeu qui, de fait, rejaillirait avec bonheur sur tous les niveaux de la pratique.

 
 
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