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"Fofana a été contraint par le mauvais choix de Fall"
28/02/2013 - 14:34

"Fofana a été contraint par le mauvais choix de Fall"

Le rugby français a survécu à pas mal de crises et il survivra à cette succession de défaites. Celle contre l’Angleterre ne sera malheureusement  pas la dernière. Cette succession d’échecs est  troublante quand on est plutôt habitué en France à côtoyer les anges que le fond du fossé. Mais le potentiel français est une réalité. Il doit permettre demain, si pas de suite, de rebondir.

Pour qu’il en soit ainsi, la première condition est d’accepter de mesurer les limites du jeu actuel et forcément celles des acteurs qui devront entrer dans une logique mentale différente en donnant au jeu produit et à produire une autre logique de compréhension.

Il va bien s’agir de s’appuyer sur une vraie analyse, celle de l’évolution du jeu qui sera demain, bien davantage et toujours plus, un jeu avec plus d’initiatives, de justesse tactique et technique, et de vitesse. Les concepts vieillots d’une performance réduite à la mise en œuvre de "petits bouts de jeu" qui, parce que bien réalisés, auraient permis de transformer les défaites en victoires, continuent à nourrir l’imaginaire. Penser résoudre les problèmes de la cohérence du jeu collectif en considérant, entre autres, le jeu d’occupation et l’absence de botteur longue distance qui est censé aller avec comme des facteurs incontournables pour gagner serait une méprise.

Penser ainsi le rugby est un frein à la formation des joueurs surtout les plus jeunes qui se doivent aujourd’hui de rentrer de plein pied plus que jamais dans la modernité du jeu, celle d’un rugby entreprenant, créatif. La dialogique entre les formes de jeu à la main et au pied ne peut se satisfaire d’un "saucissonnement" qui tend à dissocier ces formes sans donner du sens à leurs relations complémentaires. D'où,  la difficulté pour les joueurs à sortir et dépasser les fameux "schémas de jeu" que l’on tend à reproduire aveuglément.

Jouer juste fait défaut au jeu français et il s’agit bien sûr d’une véritable formation qui se doit d’être recherchée à tous les niveaux de pratique. Ce jeu juste est à mettre en place tout en même temps en attaque et défense. Le contexte global de l’action de jeu momentanée doit guider les décisions de tous, celui de ceux qui sont dans le contexte proche du ballon, dans la cellule d’action, comme celui des autres, qui sont dans le contexte éloigné.

A y regarder de plus près, cette insuffisance en terme de lecture du jeu tend à  appauvrir singulièrement la communication entre les joueurs. On subit le jeu adverse plus que l’on impose le sien, et quand on s’y hasarde, on est en difficulté. Les initiatives prises ne sont pas en adéquation avec le contexte de la situation. Ce qui explique en partie les ballons tombés ou expédiés à des partenaires dans des zones de jeu peu favorables. Dans ce cas, le jeu de l’un, le porteur de balle, n’est plus le jeu de tous. La mauvaise, voire fausse lecture a transformé des situations simples en compliquées, auxquelles j’y inclus l’essai de Wesley Fofana, la semaine dernière contre l'Angleterre. "Bien jouer" aurait voulu que le Monferrandais exploite avec Benjamin Fall un deux contre un d’école. Ce dernier, en ne maintenant pas une trajectoire de course au bord de la touche, rendit inopérante ce choix logique. Il proposa à son partenaire un soutien intérieur que Mathieu Bastareaud avait déjà  parfaitement assuré. Fofana a donc été contraint par le mauvais choix de son ailier de devenir "créateur-finisseur". C’est ce statut de finisseur qu’aurait dû endosser Fall s’il était resté dans son couloir. Une mauvaise lecture sans conséquence puisque Fofana a su superbement échapper successivement aux plaquages de plusieurs adversaires. Un exemple d’incompréhension que la réussite tend à faire oublier. Ce ne fut pas la seule et elles sont quand même récurrentes depuis le début du Tournoi dans le jeu collectif des Tricolores.

Quand on ne gagne pas, on y perd en reconnaissance. Mais cette "non reconnaissance" à un mérite, celui de créer mentalement une réaction collective d’orgueil. Elle a bien eu lieu contre le pays de Galles et l’Angleterre. Mais elle ne suffit pas, le mal est donc aussi ailleurs. Contre les Anglais, l’engagement défensif et plus d’initiatives en attaque ont entretenu l’espoir le temps d’une mi-temps. Le jeu produit a été qualitativement plus abouti que lors des deux matchs précédents, mais il a été aussi contrarié par l’indiscipline, ce qui a forcément nuit à la mise en oeuvre du nouvel esprit de jeu souhaité.

Il reste deux matchs pour aller à la quête de résultats positifs et d’un rugby plus identifiable et plus riche, un choix qui n’exclut pas pour autant de le faire avec les ingrédients mobilisateurs qui sont indispensables dans l’affrontement rugbystique.

 
 
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