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"L’art du cadrage-débordement"
10/01/2013 - 14:17

"L’art du cadrage-débordement"

Ce dernier week-end rugbystique nous a gratifié de deux essais qui sont la conséquence de prises d’initiatives individuelles particulièrement intéressantes. Il s’agit des deux cadrages débordements osés et réussis lors des matchs Clermont-Montpellier et Toulon-Racing respectivement par Wesley Fofana et Fabrice Estebanez. Savoir utiliser avec pertinence cette arme tactique n’est pas si habituel dans le rugby actuel qui tend davantage à assurer l’avancer par l’affrontement direct en gagnant, au jeu des impacts, l’opportunité de conserver le ballon au moindre risque.

Le cadrage débordement est une habilité tactique et technique qui était, il n’y a pas si longtemps très utilisée. Les frères Boniface et beaucoup d’autres, même certains avants, ne manquaient pas de s’en servir. Il est vrai que le "bien jouer" s’inscrivait alors beaucoup plus dans l’évitement que dans le "rentre dedans". La distribution défensive a aujourd’hui bien évolué et ne permet que plus rarement d’utiliser habilement et avec à propos cet argument de déstabilisation d’une défense. En effet, il s’agit bien de gérer une situation de un contre un mais l’organisation du soutien défensif à l’intérieur du défenseur directement impliqué dans le un contre un lui permet en général de conserver une marge de sécurité pour ne pas se laisser "cadrer" et intervenir sur l’extérieur, annihilant ainsi le jeu de débordement de l’attaquant.

Pour gagner ce dialogue "attaquant défenseur", le cadrage optimal du porteur de balle par une course rentrante sur le défenseur est incontournable. Elle crée les conditions de la réussite. C’est le porteur de balle qui, dans ce cas, se doit d’imposer son jeu à l’adversaire, d’abord en lui donnant justement par l’orientation de sa course une fausse information sur son intention de jeu. Le cadrage est d’autant plus efficace qu’il se fera près de l’adversaire. Fragilisé par le cadrage, le synchronisme course de cadrage/appuis/course de débordement permettra difficilement au défenseur de rattraper le retard concédé. Cependant la réussite n’appartient pas au seul porteur de balle. La rupture du premier rideau n’est pas suffisante, il convient dans la continuité d’avoir le soutien utile pour que le jeu continue de s’enchaîner avec vitesse et efficacité par le jeu de passe.

La richesse créative de cette initiative nécessite une connaissance à la fois du jeu à faire dans l’instant mais aussi de posséder des compétences individuelles. La lecture du jeu est essentielle et l’analyse du rapport de force momentanée permet de déduire si ce choix est possible ou non. La justesse et la rapidité de cette lecture, si l’on espère avoir une réponse adaptée et efficiente, devient alors déterminante.

Pour un joueur, l’enrichissement de son jeu passe par la "saisie de l’action à faire" dans, à la fois, le système total et dans la situation plus singulière spatialement plus réduite qui logiquement va à un moment devenir décisive. L’idéal c’est bien sur que l’intention tactique du porteur de balle soit tout en même temps comprise par les soutiens les plus proches qui pourront ainsi anticiper le jeu successif et se placer ou se replacer en conséquence, ce qui a été parfaitement réalisé par les partenaires des deux créateurs.

Tenter et oser un cadrage débordement en bout de ligne contre un ultime opposant dans un contexte épuré de défenseurs est une chose, le faire dans une zone plus centrale de forte concentration défensive est plus délicat. La marge d’incertitude est beaucoup plus grande. La prise de risque n’en sera plus une si le joueur a l’habitude dans les entraînements d’être confronté à des situations d’opposition collective où il s’agira de gérer tout en même temps les turbulences et l’imprévisibilité qui surgit dans le jeu total, et celles tout aussi mouvantes dans les espaces autour du porteur de balle.

Le perfectionnement du joueur de haut niveau n’est jamais terminé faut il encore qu’il s’y exerce à la fois dans la compétition et dans les entraînements. Il s’agira d’apprendre à prendre les bonnes informations et de faire ce tri sélectif par lequel passe l’enrichissement du jeu personnel et indirectement celui du collectif. L’acte de cadrage débordement considéré n’est qu’un exemple mais on pourrait ainsi disserter sur tous les domaines du jeu qui font appel à l’imprévisibilité et ils sont difficilement comptabilisables.

 
 
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