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"L'alternance main-pied a bien été gérée"
16/11/2012 - 14:13

"L'alternance main-pied a bien été gérée"

La belle performance de l’équipe de France, en tous points de vue intéressante, ne va pas manquer de relancer le débat sur le pourquoi et comment du succès français relativement à la production en demi-teinte dans ce match d’une des meilleures équipes du sud. La conception de jeu australienne est-elle devenue soudainement caduque ? Dans cette rencontre, on eut bien droit en effet à une opposition de style.

D’un coté, des Français plutôt enclins à rechercher l’avancée de manière directe dans des zones proches à la fois de la conquête du ballon et des rucks ou mauls provoqués ou concédés. Les tentatives de pénétration, le plus souvent individuelle, se sont réalisées au cœur de la ligne de défense adverse y compris dans les zones où celle-ci est la plus dense. L’objectif, traverser et jouer dans le dos de la défense de ligne et en cas d’échec, mobiliser un maximum de défenseurs sur le point de plaquage dans et autour du ruck voire maul successif, a ainsi été globalement atteint. En alternance ,l’utilisation judicieuse du jeu au pied offensif, sauf en fin de match, a permis tout à la fois de créer la pression utile sur les réceptionneurs adverses et a même permis quelques récupérations du ballon, ce qui est encore mieux.

De l’autre, les Australiens plutôt prédisposés à aller rechercher cette avancée dans des zones loin des phases de conquêtes et des regroupements. Un choix qui caractérise leur jeu prioritaire. Rappelons-le, celui qui nous avait fait si mal il y a deux ans. Cette fois-ci, la défense des Bleus «volontairement très haute » les a contraint à développer ces mouvements collectifs déployés loin de la ligne d’avantage. Ce fut d’autant plus marquant que les joueurs sollicités dans ce jeu large le réalisèrent dans le dos de joueurs leurres qui, soit dit en passant, n’ont leurré personne. En appréhendant très vite ce schéma offensif, le jeu défensif tricolore, après le premier quart d’heure de flottement en fut bien facilité. De fait, la ligne de défense tricolore sut parfaitement contrarier en bout de ligne à la fois le surnombre offensif recherché et les options de jeu que ce surnombre était censé généré. La vitesse, de course et d’exécution de l’action collective étant censée faire le reste.

Notons que ce choix de jeu a été plutôt positif pendant le premier quart d’heure de jeu et en fin de match. Mais, entre les deux, la qualité de la défense tant collective qu’individuelle des Français et dans le jeu offensif et les formes de jeu utilisées réussirent à mettre les joueurs de Robbie Deans cruellement à la peine. Face à une défense toujours en place, les Wallabies et particulièrement l’ouvreur Beale aurait dû utiliser plus souvent le jeu au pied offensif. Ce choix aurait contraint la défense bleue à reculer mais aussi peut-être à assurer une différente distribution dans le plan profond. Ce jeu au pied, conséquence de l’échec du jeu à la main, aurait tout en même temps créé les conditions de possibles récupération du ballon qui, on le sait, sont les plus efficientes.

En revanche, l'alternance main-pied a bien été gérée par l’excellente charnière Machenaud – Michalack.

Doit-on pour autant considérer qu’il y a pour être efficace dans le rugby actuel une incompatibilité entre les formes de jeu pénétrant et latéral ? Certainement pas, les deux se conditionnent via les effets qu’elles produisent sur la défense. Ce sont leur maitrise et la pertinence de leur emploi en alternance avec le jeu au pied qui sont capitales. Dans ce cadre, pour un collectif, la façon de lire et de traduire le rapport de force en y mettant en œuvre les réponses intelligentes conditionnent justement leurs utilisation.

Si l’on s’en tient à ce seul match, il est bien évident que l’efficacité du jeu français a mis entre autre en évidence la volonté des Tricolores à rechercher l’avancée en pénétrant de manière directe souvent individuellement. Ils y réussirent quelquefois avec bonheur, créant ainsi, derrière la ligne de défense adverse, des options de jeu particulièrement favorables. A ce jeu, certains joueurs ont été déterminants (Picamoles Nyanga et de manière moins discernables d’autres joueurs). Ils le réalisèrent, je le répète, de manière d’ailleurs plus individuelle que collective. De fait, ce jeu derrière la défense n’a pas été suffisamment exploité. Ces pénétrations rectilignes en gagnant rapidement beaucoup de terrain auraient dû logiquement générer l’enchainement du jeu par le soutien proche. Ce ne fut pas le cas, ce soutien n’a pas anticipé, au moins sur trois actions très nettes, l’action du porteur de balle. Dommage de gâcher de telles situations.

En se soumettant au plaquage du ou des derniers défenseurs australiens, le passage par le sol du porteur de balle (même quand la balle a été libérée rapidement) a permis un ralentissement du mouvement collectif d’avancer, favorable au replacement défensif, ce qui sauva les Australiens, plutôt habiles à retrouver une organisation collective à la fois près de la zone de plaquage et dans les espaces plus larges.

Le match plein des Tricolores avec ce réglage n'en aurait été que meilleur.

Dans ce cas de figure, la faute à qui ? Au soutien ou au porteur de balle ? J’aurais tendance à dire aux deux. On en débattra dans un prochain article.

Peut-on considérer que la stratégie du xv de France gagnante dans un match comme absolue et répétitive à souhait ou au contraire comme relative ? Une bonne équipe, c’est celle qui sait exploiter au mieux la réalité de l’opposition particulière dans chaque match tout aussi particulier pour faire que les forces stratégiques et tactiques du jeu adverse deviennent des défauts de jeu. Autrement dit, ce qui a été réalisé dans ce match sera-t-il la clé du prochain match contre l’Argentine qui soumettra les Bleus à d’autres exigences tactiques ?

C’est tout l’intérêt du match de Lille.

 
 
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