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Blog Fabien Barcella
03/09/2010 - 12:52

Réflexion sur les Tri-Nations

Réflexion sur les Tri-Nations

J’ai envie aujourd’hui de revenir sur les Tri-Nations. Les deux derniers matchs des respectivement des Néo-Zélandais et de l’ Australie contre les Springboks, sans être comparables, sont significatifs du désir de mettre en place et en œuvre un jeu plein ambitieux et en aucun cas restrictif puisqu'il utilise prioritairement le jeu à la main et les espaces. Ce jeu provoque un rugby enthousiaste et inventif. La mise en scène de ce type de rugby devient de fait moins stratégique et moins adaptée aux attendus du jeu adverse même si on ne peut pas les négliger complètement. Pour ces deux équipes, on décèle bien quelques variations mais les principes tactiques restent les mêmes. Pourtant dans l’instant, sur des bases d’action identiques, une équipe gagne ( les All Blacks) et l’autre, je ne dirais pas perd , mais aurait dû et pu gagner.

La volonté des ces deux nations, à un an de la Coupe du monde, n’est pas neutre et la présence de Robbie Deans, un Néo-Zélandais, à la tête des Wallabies, explique certainement ce que j’appellerai une transformation, une mutation radicale quand on veut bien se rappeler le jeu aseptisé, fait d’affrontement constant (jeu à une passe) qui sévissait en Australie. Champions des temps de jeu et de la multiplication des séquences programmées, ils récitaient un rugby de conservation peu spectaculaire, mais, il faut le dire, même si dommageable pour le spectacle, plutôt efficace qui leur permis, sous l’ère Mac Quenn en 99, de devenir champions du monde.

Aujourd’hui, pour ces deux nations, même combat pour un style de jeu. Comme en démocratie, il ya me semble-t-il une volonté générale de tous, joueurs et entraineurs, d’aller vers le même objectif, la recherche d’un jeu où l’on ne perd pas de vue son efficacité. Sans efficacité , le style choisi perdrait tout son sens. Il n’y a jamais de majorité absolue dans notre sport en faveur d’un style de jeu, mais la volonté de le mettre en place sans le remettre en cause avec toujours plus de régularité sont indispensables pour réussir. Chaque match apportant chaque fois ce degré de perfectionnement qui s’inscrira dans les acquis tactiques et autres habiletés collectives. Mais l’image de la réussite est forcément publique et elle dépend du taux de reconnaissance acquise par la qualité de son jeu produit et par les résultats. Ce taux de reconnaissance est difficile à estimer mais il influe grandement sur la dynamique de perfectionnement recherchée pour aller encore plus loin pour accepter de dépasser ce qui pourrait sembler être les limites du moment. La culture du public, tant néo zélandaise qu’australienne, plutôt portée sur le beau jeu confortera les staffs dans cette quête.

Le jeu des All Blacks s’impose globalement à tous. Il est difficile d’aller leur chercher des poux dans la tête et d’émettre un doute sur le bien fondé du jeu choisi et effectivement réalisé. Les Australiens ne mollissent pas dans leur intentions mais leur marge de progression est importante , particulièrement leur capacité à être au top à la fois offensivement (dans cette dimension c’est plutôt bien ) mais aussi défensivement. J’entends bien cette dimension dans le cadre du jeu collectif où ils présentent des lacunes qui gagent leur performance globale. Etre performant en attaque et, tout en même temps, collectivement efficace en défense avec la même force mentale que celle développée en attaque, n’est pas dans l’instant disponible pour cette équipe. Il ne suffit pas de le constater. Robbie Deans devra rechercher les contenus d’entrainement qui permettront à ses joueurs de passer du statut d’attaquant à celui de défenseur, donc les amener à "fabriquer de l’intelligence défensive".

C’est dans cette dimension que les All Blacks me semblent supérieurs, leur capacité à bien défendre collectivement leur permet soit d’obliger l’adversaire à jouer au pied, soit de récupérer pas mal de turn over leur permettant d’imposer leur jeu.

Je dirais que ces deux équipes, du fait du parti pris du jeu choisi, si elles persévèrent dans ce choix (c’est facile quand on gagne , plus difficile comme c’est le cas pour le Australiens), vont avant la Coupe du monde encore mieux mesurer leurs limites et tenter de les dépasser en restant fidèles à leur projet de jeu. En rugby comme dans la vie, il ya les "battants" qui ne se démoralisent pas face aux difficultés et les autres qui, en changeant de cap, s’auto détruisent en refusant de persévérer par peur de la visibilité de l’échec.

Aujourd’hui l’Australie n’est pas première mais en sport le second existe parce qu’il n’est pas très loin du premier et par conséquent de la victoire. Robbie Deans doit continuer dans le jeu qu’il a choisi, mais aujourd’hui pour aller sereinement jusqu’à la Coupe du monde , il a aussi besoin de la confiance des joueurs qui doivent aller au bout des fantasmes de leur coach et par la même des leurs.

L’attaque que les Australiens déployèrent depuis leur en-but et qui se termina dans l’en-but adverse tendrait à prouver que les joueurs sont en phase avec leur entraineur. Permanence ou état fugitif ? L’avenir nous le dira !

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