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10/07/2010 - 13:16

Sous le soleil...

Sous le soleil...

Enfin l’été, peut-être trop brutal pour nos anciens… et pour les joueurs du SCA torturés par un soleil fuligineux et par de possibles baisses de salaire, et surtout par les séances impitoyables du préparateur physique, Philippe Couture, par ailleurs issu lui aussi, du sérail agenais, via le Centre de Formation cher à Gilles Laffitte.

Le premier week-end de la plus belle saison de l’an a été marqué, dans l’autre hémisphère, donc aux prémices de l’hiver, - la canicule n’excuse donc rien -  par une désagréable douche glaciale infligée par nos "frères amis" ces terribles Pumas, contre lesquels, même en température normale, on éprouve de récurrentes difficultés. Cette fois-ci, on argumentera sur l’état de fatigue de nos joueurs soumis aux cadences infernales, en oubliant que plus de la moitié de l’effectif de nos hôtes avait également subi des exigences similaires dans le TOP 14 et en Coupe d’Europe. Certes, autre excuse alléguée, nous étions incomplets, des éléments clé ayant été punis (!) ou mis au repos. Mais la richesse présumée et si vantée de notre réservoir ne laissait quand même pas présager une semblable déconvenue. Face à des adversaires ayant subi, sur leurs terres, deux défaites devant ces Ecossais toujours aussi créateurs mais d’ordinaire inefficaces, on attendait, après la déconvenue sud-africaine, une saine réaction d’orgueil des partenaires de Dusautoir, au Velez Sarsfield Stadium. Or c’est une humiliation – 41 points ! – que nous avons subie de la part d’alertes trentenaires. Felipe Contepomi et Rodrigo Roncero 33 ans, Martin Scelzo 34…Mario Ledesma 37 ! Quand on sait que Vergallo et Carballo opéraient en Pro D2, que Campos – énorme sur ce match !- n’était pas titulaire à Montauban, on se doit de se poser de sérieuses questions au sujet de notre fameux potentiel. Ce fameux Top 14 dont on pense, sans doute à juste titre, qu’il est le Championnat le plus relevé de tous les hémisphères, ne l’est-il que parce que de grandes vedettes étrangères tiennent les manettes dans beaucoup de clubs ? Autant d’étrangers en place, autant de jeunes français qui rongent leur frein dans des championnats Espoirs dévalorisés par l’absence du public. La menace des JIFF a fait long feu : consultez certains recrutements en Top 14 et en D2 !

Autre constatation : En lisant la semaine de préparation de notre quinze, on se rend compte qu’un accent majuscule avait été placé sur la récupération afin de permettre aux élèves de Lièvremont de retrouver l’indispensable fraîcheur écornée par la longue saison 2009-2010. Or, nous pensons qu’il n’y a rien de pire que de dire à ses joueurs – du moins à ceux qui vont rentrer sur le terrain - : "Vous êtes fatigués, il faut se reposer". Dans ce cas, vous leur fournissez non seulement un alibi pour l’échec à venir mais aussi, vous distillez l’incertitude, plus ou moins consciente, de cet échec. Notre pays, sportif et politique confondus (c’est à la mode !) –  le foot, Wimbledon, les cigares, les jets privés, les enveloppes…- se complaît actuellement dans la morosité. Prenons donc exemple sur Contepomi, 33 ans – je rappelle – formidable d’enthousiasme et de générosité – de classe aussi ! – entreprenant de la première à la dernière minute, agressant sans cesse notre premier rideau et ce, même lorsque le score était acquis, alors que nous, de notre côté, si nous avions mené semblablement, sûr que nous serions tombés dans cette fameuse "gestion" maintenant si chère à nos stratèges. Par ailleurs, heureux les Boudjellal, Saint-André, Hueber, Heureux Mayol, qui ont à leur disposition deux ouvreurs des Hauts du Toit du Monde.

Nos Coqs, un ton au-dessus, un ton au-dessous…- français tout simplement – se reprendront sûrement mais à un an de la Coupe du Monde, les aficionados s’inquiètent, les coachs aussi certainement, le Président de la FFR sûrement. Attention aux syndromes Domenech et Escalettes. C’est dans le soutien qu’apporteront les entraîneurs du Top 14 à leurs collègues de l’équipe nationale que nous verrons bien si le rugby a vraiment des valeurs différentes de celles du football. La première façon d’aider sera de faire évoluer sur le terrain le maximum de joueurs français même si la présence étrangère est un facteur de progression pour nos jeunes qui évoluent à leurs côtés mais point trop n’en faut ! Maintenant le soutien n’exclut pas la critique positive et c’est au trio Lièvremont, N’Tamack, Retière, de savoir se rapprocher de ceux qui ont en charge leurs sélectionnés pour dialoguer régulièrement. Sinon, l’ombre de Domenech planera sur la Coupe du Monde 2011.

Le 27 juin, une grosse chaleur s’est invitée à Graulhet, sur la finale de Fédérale 3 entre les Héraultais de Vendres-Lespignan et nos chers banlieusards agenais du RCBB. Ces derniers, trop tendus, ont perdu leur match dans la première demi heure. Leur volonté de bien faire – de trop bien faire – afin d’honorer leur président disparu, s’est retournée contre eux : fautes de main, mauvais choix, agressivité parfois de mauvais aloi, buteurs en panne ! L’éternelle hyper-tension. En face, les fils de Néné Camps, ce remarquable éducateur, cheville ouvrière de la section sportive du collège de Sérignan, ont profité des errements lot-et-garonnais pour creuser un écart conséquent. A quelques minutes du coup de sifflet final, une limpide réalisation des lignes arrière enfin libérées du RC Boé Bon-Encontre a permis d’entretenir, un court instant, le rêve, mais  il était trop tard : les meilleurs ont gagné. Cependant, nous avons assisté, avec mon ami Georges, à une belle finale, pleine d’envie et de cœur. Bravo aux deux équipes. Ajoutons que, depuis la mi-août, - les premiers entraînements – ces clubs étaient sur la brèche et qu’ils sont allés – sans jérémiades – jusqu’à la fin du mois de juin. On peut alléguer qu’eux ne s’entraînent que 3 fois par semaine mais entre temps, ils exercent des professions qui ne permettent pas de récupérer comme des professionnels. 

Premier lundi de juillet et toujours ce soleil impitoyable. Les entraîneurs du Top 14 et de la D2 sont installés à l’ombre climatisée de la grande salle de la Maison du Rugby du Comité Midi Pyrénées. Sur l’estrade, le grand patron français du sifflet, Didier Mené, son correspondant irlandais M. Courtnay et notre ancien numéro 1, Joël Jutge, qu’une vilaine blessure a reconverti dans une fonction qu’il assume avec bonheur même si nous ne doutons pas qu’il préférerait gambader sur les terrains. Réunion sous le signe de la transparence ; dans un premier temps, le grand maître nous livre le classement de ses ouailles : 12 en Top 14 dont 3 promus, 6 à cheval sur le Top 14 et la D2, quelques avancements, quelques punitions. Pour les encadrer ; 8 superviseurs, anciennes gloires du sifflet mais surtout 6 coachs chargés de prêcher la bonne parole, de conseiller, de protéger. Afin d’améliorer l’aide à l’arbitre de champ, sur la ligne de touche, on trouvera un autre arbitre de Top 14. Idem en Pro D2. Sur l’autre ligne, il s’agira d’un des 49 "anciens arbitres" de Fédérale 1 ou 2 soit 17 pour le Top 14, 32 pour la D2. Les coachs sont priés vivement d’envoyer un retour – feed-back ! – aux autorités pour donner leurs observations quant à la rencontre passée, ce à l’instar de nos voisins anglo-saxons très friands de ce type d’échange. Nos hôtes insistent longuement sur la volonté de dialoguer avec les entraîneurs afin d’améliorer les performances de leurs subordonnés, ces derniers devant se préparer professionnellement même si Didier Mené veut qu’il restent pluriactifs.

Un leitmotiv repris par les 2 Français et par l’Irlandais : la nécessité d’uniformiser l’arbitrage dans le monde – vaste chantier ! –

Les images défilent pour provoquer la discussion : l’épisode Dellape, l’essai de Zirakashvili sans appel à la vidéo, le but de Parra au dessus du poteau, Malzieu et Bonello marchant sur l’adversaire l’un pour un jaune l’autre pour un rouge, Delasau et Mas se boxant pour finir par un serrement de mains sans sanction, un plaquage cathédrale spectaculaire sanctionné par une simple pénalité etc.…Il s’agit toujours d’un zoom sorti de son contexte comme une petite phrase extraite d’un long discours.

Mes collègues formulent brillamment leurs suggestions : le Bayonnais, ancien du Stade Toulousain, souhaite des poteaux à la hauteur de ceux des Sept Deniers, le Toulonnais souhaite que l’appel à la vidéo puisse être requis par le capitaine – pourquoi pas le Président ? – etc… Pour le moment les pagelles ne seront pas allongées et si l’arbitre et ses juges de touche sont ok dans leur appréciation, ce sont eux qui décideront si l’essai doit être validé ou non. Puisque cette fois-ci, il n’y aura pas la sempiternelle mise en fonction de nouvelles règles, c’est le moment de se concentrer sur les recommandations tant attendues pour la saison à venir et, comme d’habitude, c’est par la mêlée que l’on commence : les quatre commandements seront bien découpés, - il faudra une voix de stentor ! - annoncés sur le même rythme…lentement ce qui peut gêner les nombreux adeptes du déséquilibre ; la mêlée tournée dès l’introduction sera punie par une pénalité contre l’équipe défensive : il faudra d’abord pousser dans l’axe et exercer la rotation seulement par la suite. Suivant les indications anglo-saxonnes, une mêlée qui verra les deux premières lignes se relever instantanément sera rejouée. Enfin, un essai de pénalité sera accordé pour récompenser une avancée significative dès le premier affrontement. Idem d’ailleurs pour le premier maul sur touche-pénalty. Dans ces eaux-là, rappel de principe de la double-peine : un plaquage à retardement près des lignes entraîne l’essai de pénalisation plus le carton jaune pour l’auteur…Et pourquoi pas une pénalité aux 50 mètres ?

En fait, la grande transformation consiste dans l’application "très stricte" de la règle du jeu au sol déjà bien en vigueur dans cet hémisphère Sud qui se débrouille pour être toujours en avance sur le Nord : Tout joueur concerné par le plaquage doit lâcher le plaqué même s’il est debout ; ça sent la séance de pick and go à plein nez à moins que nos arbitres nous reprennent leurs mesures de représailles contre le bridging et le seeling-off  – P…de Shakespeare ! – comme ce fut le cas lors du premier trimestre de la saison 2008-2009 avant de tomber dans l’oubli.

Autre changement : l’interdiction du «double-vitrage» sur les touches ainsi que sur les réceptions des coups d’envoi ; une vigilance accrue concernera les joueurs partant devant sur les coups de pied même les plus longs de leur botteur. Quelques rappels sur l’écroulement des mauls : notion d’immédiateté et sur les zones de déblayage : passage obligatoire par la porte y compris pour les utilisateurs et dépassement limité en profondeur du lieu d’affrontement.

Nous avons tenté de faire court mais qu’il est donc difficile de devenir arbitre en 2010 ! Je me souviens de mes débuts autour des années 60 : nous ne connaissions guère les règles, nos entraîneurs non plus, et je crois bien que les arbitres, du moins au niveau où je jouais, n’en savaient pas plus que nous ; nous jouions quand même…Ce n’était pas le même jeu, c’est vrai !

Un mot encore – le dernier- sur Domenech avec le livre du journaliste Serge Raffy : "Dans la tête de Raymond. Chronique d’un naufrage" (Editions Plon). Ecrire qu’il y a chez le "héros", une obsession de la tragédie transmise par l’histoire de ses ancêtres républicains catalans ayant fui le franquisme, c’est chercher bien loin mais au fait, pourquoi pas ? Plus concrètement, l’auteur insiste sur l’énorme erreur des dirigeants de la FFF désignant Laurent Blanc avant la Coupe du Monde : "Comment les joueurs pouvaient-ils aimer un condamné à mort ?" D’après l’écrivain, jusqu’à Tignes, le couple entraîneur-joueurs s’est retrouvé dans un mariage de raison, sans passion, sans amour et donc explosant à la première difficulté. Quant à Raymond, les yeux perdus entre ténèbres et absences, frappé dès le début par le sceau de l’illégitimité, condamné par ses pairs, par les médias et donc par l’opinion publique, il était inéluctablement voué au bûcher ne pouvant plus aimer ni ses joueurs ni même le football. Les cyniques et les partisans de la guillotine argumenteront : "Il était bien payé…Il pouvait en baver !"

Cette France-là me fait peur et me fait penser, c’est terrible, à ses femmes tondues à la Libération…

Vivement les vacances et …Gruissan !

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Henry Broncan

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Henry Broncan

Ex-entraîneur de Lombez-Samatan, d'Auch et d'Agen, Henry Broncan est aujourd'hui le manager général d'Albi en Pro D2. En temps qu'entraîneur, il a remporté deux fois le Championnat de Pro D2 et une Coupe d'Europe avec le FC Auch.

 

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