Vacances, balades et rugby...
25/06/2010 - 15:18

Vacances, balades et rugby...

Mardi 8 juin


 


Il "bruinotte" sur le Tarn et comme nous sommes le jour de la St-Médard, on peut craindre pour les 40 jours à venir. Première sortie hors du champ de vision de la cathédrale Sainte-Cécile si belle mais tellement impressionnante, tellement omniprésente qu’on semble respirer quand on la quitte des yeux. Le préparateur physique, Michel Molinié, spécialiste d’athlétisme, Albigeois jusqu’aux pointes, m’a conseillé de me rendre, pour ce voyage initiatique dans le 81, jusqu’au méandre d’Ambialet, l’occasion de retrouver un paysage largement diffusé dans tous les livres de géographie. Auparavant, il est indispensable de se gagner le plaisir en traversant deux tunnels, le premier long d’un bon kilomètre d’autant plus interminable qu’il est emprunté par un claustrophobe impénitent. De plus, la voie qui aurait du être ferrée mais qui ne le fût jamais – une ligne Albi-Sainte-Affrique jamais pourvue de rails – est si étroite que Martin Gady (145kgs) et Florian Prime (142kgs) ne pourraient s’y croiser. N’empêche, le paysage, à l’arrivée, console des déboires du voyage et on comprend l’admiration du maître es géographie, Onésime Reclus, à la fin du XIXème siècle : "Aucun isthme de France n’est si beau ; c’est un monde profond qui doit tout à lui-même, rien à l’espace c’est-à-dire à ce qui décroît et ce qui fût." Le Tarn décrit là une boucle de près de 3 kilomètres avant de revenir sur ses pas pour se retrouver à une dizaine de mètres à peine de son cours supérieur. Depuis 1920, une centrale hydroélectrique – de style Renaissance (!) – chevauche le passage. Une telle position stratégique, dominée par une aiguille rocheuse, ne pouvait que susciter les intérêts des bâtisseurs de tours fortifiées au Moyen-âge : le village n’en compte pas moins de sept plus ou moins en ruines, sur des lieux plus ou moins escarpés, mais c’est un plaisir de les découvrir. Les forts du Roy, de Roquetaillade, de la Montcabrière, de Peyrolles et trois autres remplacés par des établissements religieux : Notre Dame de la Chapelle, l’église Saint-Gilles, et enfin, tout là-haut, le Prieuré ; la construction initiale de ce dernier daterait de la fin du XIème siècle par l’entremise d’un des Trencavel, un des rejetons de cette illustre famille, à la fois vicomtes d’Albi et seigneurs d’Ambialet. D’ailleurs, jusqu’au début du XIIIe, c’est Ambialet, grâce à la demeure des Trencavel, qui domine la région avant qu’Albi ne s’empare de la suprématie. Comme dans le Lot-et-Garonne, Simon de Monfort s’est senti obligé de prêcher sa "bonne parole" ; comme dans le Lot-et-Garonne, les Anglais lors de la Guerre de Cent ans ont joué les occupants et comme dans le Lot-et-Garonne,  protestants et catholiques se sont chamaillés pour la possession du château.


La montée jusqu’au Prieuré nécessite des cuisses solides, du souffle et parfois même le sens de l’équilibre, tout ce qui n’existe plus guère dans le voyageur du jour. L’établissement actuel après avoir été possession des Bénédictins, puis des Franciscains, puis de la Congrégation de Saint-Jean est maintenant dans les mains d’une école américaine qui reçoit des stagiaires venus des Etats-Unis afin de poursuivre des études en France. Si l’endroit est interdit au promeneur visiteur, celui-ci est récompensé par la visite de la chapelle romane, un millénaire d’âge, superbe de simplicité, contraste total avec la cathédrale d’Albi. Sur le chemin, un oder ou auder, nom occitan de l’alaterne, une sorte d’arbousier. La légende raconte qu’un croisé, au XIIe siècle, aurait ramené de Terre Sainte un rameau, qui, planté, aurait donné naissance à l’arbre actuel : une histoire presqu’aussi belle que celle du chêne de Theux.


 



Mercredi 9 juin


 


Nos coquelets dévorent les Pumas pendant 20 minutes et s’endorment comme des oies gavées. Imaginons les All-Blacks ou les Sprinboks dans la même situation : pas besoin d’être grand clerc pour deviner la raclée promise aux Argentins. Nos joueurs qui ont beaucoup de talent sont-ils déjà dans le plan de carrière ? Ayant fait leur «devoir» en creusant le score, ensuite ils rentrent dans la "gestion" - quel mot affreux ! – et tant pis pour le plaisir du jeu, adieu l’enthousiasme de la jeunesse, tant pis pour la recherche de sensations nouvelles, tant pis pour le spectacle : les voilà déjà «vieux» et cette expression n’est pas adéquate car justement les «anciens» aimaient s’amuser jusqu’au coup de sifflet final. Cette stratégie a même failli coûter cher aux Bleuets car leurs adversaires sont revenus jusqu’à hauteur en fin de rencontre. Comment Philippe Sella leur manager, David Aucagne leur entraîneur, justement, eux qui dégageaient une énorme joie de vivre sur le terrain, peuvent-ils cautionner pareille suffisance ? Côté Agenais, on se réjouira de la nouvelle belle prestation d’Alexi Bales, sans doute l’élément le plus efficace du Tournoi alors que Mathieu Lamoulie a paru desservi par la tactique opérée. Avec plaisir, nous avons appris le repêchage de Benjamin Pêtre dont nous avions déploré la non-sélection.


 



Jeudi 10 juin


 


Un ami agenais a fait la route jusqu’à la place Sainte-Cécile. Le hasard guide nos pas jusqu’au restaurant le plus "secret" de la cité rose. Pour ouvrir nos appétits, nous avons battu le pavé le long des ruelles étroites, admiré les maisons à colombages et stationné longuement devant les hôtels des grands marchands de pastel. Nous avons beaucoup mangé et un peu (trop ?) bu – tarnais – et, donc beaucoup parlé jusqu’au fond de la nuit, du SUA et du SCA, des espérances des uns et des autres, des politiques de clubs et des politiques tout court, du maul et du ruck, de Rupeni Caucaunibuca et de Vincent Clément, si différents et si proches quand même, des amis de Garonne quittés trop vite. Ils ont alimenté les bâtons perdus de notre conversation. Ils auraient bien mérité de partager notre table.


 



Vendredi 11 juin


 


Un texto douloureux de la part de S.C. Depuis plusieurs semaines, le coach se battait pour essayer de sauver son club et aujourd’hui, découragé, il jette l’éponge : Montauban va quitter le monde professionnel mais l’U.S.M saura revenir à condition de s’armer de patience. Une pensée pour Serge Gros qui va reprendre vraisemblablement les rênes, pour Michel Ambal, un des meilleurs éducateurs de notre pays, pour Raymond Barrière et ses amis qui ne laisseront pas tomber le club à qui ils ont tant donné mais de qui ils ont aussi beaucoup reçu. Quelque part, en Isère, je suis sûr que Xavier, le cœur éternellement vert et noir, suit les évènements de près malgré la distance. Il apportera lui aussi sa contribution au redressement.


 



Samedi 12 juin


 


L’hémisphère Sud tient sa revanche : même sans respecter le "no scrum, no win", l’Australie bat une Angleterre largement dominatrice en mêlée mais incapable d’enchaîner une action d’envergure ; l’Irlande trop vite à 14 subit la marée noire McCaw and co et enfin la France…Incontestablement, les Bleus de Lièvremont sont fatigués par un Championnat et une Coupe d’Europe longs et astreignants. Ce sont des Mermoz, Marty et même Parra méconnaissables car fatigués qui ont affronté des champions du Monde avides de revanche.


Ces derniers se retrouvaient dans le même épuisement quand ils nous ont rendu visite à l’automne dernier. De quoi relativiser les victoires et les défaites des tests entre les deux hémisphères. Seule l’intrépide Ecosse est parvenue à sauver l’honneur des Nordistes en s’imposant chez les Argentins mais dans l’équipe des Pumas, les joueurs évoluant dans les championnats européens sont majoritaires et l’on retrouve les mêmes lassitudes.


Pour en revenir au match de nos Coqs, nous avons beaucoup apprécié la rentrée d’Andreu et côté Boks la formidable prestation de l’ailier Aplon : deux petits gabarits qui ont mis le feu au Newlands ! Le temps des lutins n’est donc pas encore révolu malgré les prédictions des pro-quintaux.


 



Dimanche 13 juin


 


Nos petits Bleus ne participeront donc pas à la demi-finale du Championnat du Monde des moins de 20 ans, victimes, comme trop souvent leurs aînés, du pragmatisme éternel de la voisine Albion. Comme le dit souvent mon ami Henri Cazaubon : "Les éducateurs français, nous avons encore du pain sur la planche". Quand la stratégie va, c’est la tactique qui flanche, quand on se retrouve sur la tactique, c’est le mental qui ne suit pas ; quand le mental est à toute épreuve, le physique défaille et parfois la technique oublie, elle aussi, d’être au rendez-vous. Serons-nous, un jour, champions du Monde ?


Dans l’après-midi, le RCBB, insatiable, inoxydable, a écrasé comme un vulgaire château de sable les Landais de Biscarosse et les verts et marine s’envolent donc vers les demi-finales.


Bravo au trio de coachs Clarissou, Ompraret, Tastet, le dernier opérant toujours avec bonheur derrière le pack commandé par un autre vénérable, le troisième ligne centre Carrié, formé à Gaillac, ex-sociétaire du Stade Cadurcien et de l’Avenir Valencien. A l’ouverture, Jérôme défend brillamment le souvenir de son père.


Déception du côté de Lombez-Samatan, club battu, pour la 3e fois de la saison, cette fois-ci pour la montée, par les banlieusards de Blagnac entraînés par Arnaud Coste et qui disposent de plusieurs joueurs ayant opéré au plus haut niveau dont la paire de secondes lignes d’origine auscitaine : le jeune Mathieu Bellance et l’expérimenté Amid Arif par ailleurs capitaine des "Aviateurs". Au bout des prolongations, c’est une pénalité tirée en coin, d’au-delà de la ligne médiane, contre le vent et à la dernière seconde qui a eu raison de Gersois encore une fois remarquables. Grosse déception pour les "enfants de la Save" si près du bonheur mais soulagement peut-être pour quelques dirigeants qui envisageaient une accession en Fédérale 1 sans gaité de cœur.


 



Mardi 15 juin


 


17 heures, dernier et unique visiteur sur le site du Musée de la Mine à Cagnac. Une chance énorme : j’ai droit à une leçon particulière ; le guide est passionné, doit terminer son labeur à 18 heures et va me garder dans les galeries jusqu’à 19. Dans l’entrée, si le film des "Charbonnages de France" à la fois trop scolaire et trop publicitaire laisse sur la faim, par contre, une exposition photographique exceptionnelle passionne. Elle présente le monde des mineurs boliviens – beaucoup d’enfants encore – au Potosi. A côté des images, un texte remarquable, dépouillé, sans eau de rose et sans désespérance. Le titre "Tous les jours, la nuit" ; Auteur : Jean-Claude Wicky. Déjà, vous êtes remboursés.


Un salut à la statue de stylisée de Jaurès et démarrage sur le carreau, direction salle des machines, l’incontournable lampisterie et plongée sur la cage.


Simulation des bruits, descente faussement interminable, murs de béton imitation charbon. Bon public, on se laisse prendre. Circulation dans les galeries aux parements étayés des bois souples de pins et de sapins installés par les boiseurs. Un brin couard – claustrophobie encore – on se baisse dans les veines, on se représente la poussière, le vacarme des pioches et des barres à mine, le rude travail à la tâche – au moins huit wagonnets à remplir chaque jour – l’équipe à trois, les gamins dans le métier de rouleurs. Le guide évoque le coup de grisou du 24 novembre 65. Au début les ouvriers du Marquis de  Solages étaient, pour la plupart, des petits paysans du Carmausin qui, dans les moments de liberté, travaillaient aussi leurs modestes lopins de terre, sources de revenus supplémentaires. Entre les deux guerres, sont arrivés, surtout des Polonais, des hommes rudes, voulant gagner rapidement leur vie et la brûlant en évitant de perdre du temps, par exemple en perçant à sec, cause de poussière et donc de mortalité précoce. C’est en 1920, qu’un premier contingent s’était installé dans les cités des Bruyères et des Abeilles. Ce sont eux qui, parmi les populations d’origine étrangère ont marqué le plus l’histoire de la Mine. A la fin de la seconde guerre mondiale, des prisonniers allemands ont été réquisitionnés pour œuvrer au fond des puits. Auparavant, c’est là que les résistants s’abritaient pour éviter les représailles des nazis. Avec les nationalisations et, plus tard, les progrès techniques, la mine va se vider peu à peu ; la machine supplée l’homme et puis le charbon français, premiers coups reçus avec le CECA, mis K.O par la Mondialisation, ne s’avère plus rentable. Malgré les grèves, malgré l’espoir de la mine découverte, à partir des années 80, les fermetures vont se multiplier. En 97, c’est la triste fin d’une belle histoire.


L’U.S Carmausin en championne de France de première division en 1951 (14 mineurs sur les 22 joueurs de l’effectif premier !), de seconde division en 1972, a suivi le déclin des houillères. Malgré une remarquable politique de formation – des titres nationaux juniors en 91 et en 96 – on sait bien ici que jamais plus le Brennus ne reviendra Place Jean Jaurès. D’ailleurs, un entraîneur qui dirait à un de nos joueurs actuels : "Il faudrait peut-être que tu ailles un peu plus au charbon !" ne couvrirait-il pas d’un voile d’incrédulité les yeux de son jeune interlocuteur ?


 



Vendredi 18 juin


 


La France a la gueule de bois ; les 15 millions de téléspectateurs se sont transformés en 15 millions de sélectionneurs : "Ya ka, Faukon…" et tirent à boulets rouges sur le sélectionneur en place. Un jour, dans un stade de Dordogne, lors d’un repas des partenaires du club, invité par un coach ami, un entraîneur expérimenté devenu d’ailleurs depuis un des bras droits du Président de la FFR, je l’avais entendu recevoir une leçon de rugby par l’adjointe aux sports de la ville, une personne sûre de son fait comme seuls les ignorants savent si bien l’être. Mon copain au caractère pourtant bien trempé –  un Basque ! – acquiesçait à tous les jugements et parce qu’un sourire coquin illuminait mon visage pendant le monologue de la dame, il se crut obligé de me glisser doucement : "Faut écouter…la subvention municipale !"  J’ai pensé à Domenech obligé sur le trajet du retour, d’écouter les conseils de Roselyne Bachelot !


 



Samedi 19 juin


 


Et les Anglais ne lâchent pas ; dans un match âpre, tendu avec un Thompson ressuscité dans le rôle de Mister Hyde mais surtout avec un Young plein de fraîcheur, les voilà victorieux d’une Australie encore en difficulté en mêlée mais surtout trahie par son meilleur joueur, Matt Giteau, auteur de deux essais splendides mais incapable de marquer le but de la victoire, des 15 mètres en face…Comme quoi rien n’est acquis et l’un des meilleurs buteurs du monde peut louper le plus facile.


Les médias ont enfin Domenech entre les dents ; je n’ai pas suffisamment de compétence, en football, pour juger l’entraîneur mais je pense que tout a été fait pour détruire l’homme et par conséquent, l’équipe qu’il dirigeait…Cette curée sur le bouc émissaire m’écœure…Certes, on peut reprocher au coach ses problèmes de communication mais toute l’hostilité manifestée à son égard l’a obligé à se murer dans ces non-dits, dans cette indifférence hautaine, dans cet humour plus que douteux, dans ces sourires niais, remparts futiles d’un être tenu de s’enfoncer dans la misanthropie pour échapper à la volée des critiques.


 



Dimanche 20 juin


 


Un tout petit problème de santé m’impose une après-midi devant la TV : les Coqs nous offrent une tragi-comédie écœurante mais encore une fois le traitement de l’information me désespère. Pourquoi inventer une bagarre Ribéry-Gourcuff dans l’avion ? Après l’altercation sur le terrain d’entraînement, pourquoi affirmer qu’Evra a trouvé en Duverne le traitre ? Pourquoi annoncer que Domenech a été viré du car par les joueurs ?


Une anecdote rugbystique pour conter une des chaleurs des vestiaires : l’équipe de France, après une lourde défaite, reçoit la meilleure équipe du monde ; nos Bleus sont alors entraînés par une forte personnalité, un anti-Domenech, orateur sublime, réparties promptes, faconde gasconne, un de ces meneurs d’hommes capables de faire grimper aux rideaux le plus doux des agneaux ; dans cet avant-match, il va chercher son meilleur joueur – un recordman de sélections – jusqu’au plus profond de ses tripes, les mots frappent comme autant de coups de poing, les deux êtres se retrouvent yeux dans les yeux, nez à nez, bave contre bave ; une ultime invective plus virulente jaillit de la bouche du coach : son vis-à-vis, survolté, excédé, hors de lui, "animalisé",  lui adresse un coup de "boule" terrible pleine "tronche" ; l’entraîneur tombe par terre, groggy…Personne ne le recueille…La porte du vestiaire  s’ouvre : les Coqs partent en guerre…Ce match, ils vont le gagner ; ce sera une des plus grandes victoires du rugby français.



P.S : Quand un Président de la République dit à un de ses modestes citoyens : "Casse-toi, pauvre c…", pourquoi un des joueurs les mieux payés de l’équipe de France de football ne pourrait-il pas dire à son entraîneur : "E …., F…. de p…." ?

 
 
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